mercredi 18 décembre 2019

Un Plongeon imbrin dans les Deux-Sèvres en novembre et décembre 2019

Le Plongeon imbrin est classiquement, en Poitou-Charentes, une espèce littorale internuptiale qui ne se montre de manière quasi exclusive qu'au niveau des île de Ré, voire d'Oléron. Il est très rare dans les terres et ne se voit le plus souvent qu'au coeur de l'hiver, soit en décembre ou janvier.

Une mention du 25 novembre au 17 décembre 2019 d'un oiseau immature à Pescalis, le Grand Etang, est en dehors de ce schéma . Nous illustrons ici l'observation réalisée le 28 novembre 2019 par T.Moyart (photo). Je me suis déplacé sur le site le 29 novembre 2019 dans l'après-midi, mais je n'ai pu repérer l'individu. Toutefois de nouveau sur le site le 13 décembre 2019 j'ai loisir d'observer longuement l'oiseau quoiqu'à forte distance. Il pêchait au sud du lac.

Plongeon imbrin immature au Grand Etang, Pescalis le 28 novembre 2019
© Thomas Moyart - Avec l'aimable autorisation spéciale de l'auteur

Mon observation du 13 décembre 2019

En raison de la grande distance d'observation, s'il m'est possible de confirmer un Plongeon imbrin, il est impossible d'en préciser l'âge concrêtement. Il pêchait avec de longues durées de plongées au sud du Lac principal de Pescalis. 

©© byncsa - Cyrille Deliry - Etang Pescalis le 13 décembre 2019 - Histoires Naturelles

mercredi 11 décembre 2019

Le Courlis cendré, un oiseau menacé et chassé en France

©© byncsa - J.P.Siblet - INPN
Environ 5% de la population polonaise nicheuse de Courlis cendrés sur une seule image...
C'est possible ?
Dans l'Union Européenne les populations de Courlis cendré ont baissé de plus de 30% au cours des 30 dernières années. En Grande-Bretagne la baisse est estimée à 59% sur la période 1980-2010. En Russie la tendance est la même avec une perte de 30% entre 1980 et 2012. En conséquence le Courlis cendré a été intégré à la Liste Rouge des espèces menacées de disparition en Europe en 2015. Il est placé en catégorie Vulnérable ce qui signifie en terme de dynamique des populations que d'ici un siècle tout au plus, cet oiseau aura totalement disparu d'Europe.

Une disparition prévue au plus tard dans un siècle en Europe, si rien n'est fait.

Le chasseur français est le seul qui peut légalement tuer le Courlis cendré en Europe. L'espèce est parfaitement inscrite sur la liste des espèces chassables et sa chasse se déroule du 8 août au 20 janvier, incluant en conséquence la phase de migration automnale et le moment où des oiseaux d'origine étrangère viennent se réfugier en hivernage dans notre pays - terre d'accueil ! C'est contre l'avis de la Commission européenne que le ministère de l'écologie a autorisé en date du 31 juillet 2019 la destruction par la chasse de 6000 Courlis cendrés pour la saison 2019-2020. On facilite même les choses en augmentant le domaine où la chasse au Courlis est autorisée, auparavant limitée aux zones côtières... désormais sur l'ensemble de la France !

Dans toute la France le chasseur français a le droit de tuer 6000 Courlis cette saison et, ce, contre l'avis de la Commission européenne.

Il y a par exemple en Pologne entre 200 et 300 couples au sein d'une population en déclin de plus de 50% sur la dernière décennie. Ici aussi l'espèce y est classée Vulnérable... et est très proche de la catégorie En Danger à mon sens. C'est un pays où pour sauver l'espèce des actions de préservations et de suivi sont menés. De nouveaux Courlis cendrés sont introduits. Certains fournis de balises GPS qui permettent de suivre leur migration et de comprendre certains facteurs expliquant leur déclin.

Les chasseurs français ont le droit de tuer dix fois la population polonaise de Courlis cendré en une seule saison.

Récemment, ce sont environ 30 jeunes Courlis cendré qui sont marqués par an. Combien de bagues tombées à la chasse en France ? Combien sont révélées honnêtement ?

Et bien trois oiseaux ont été dûment tués entre 2017 et 2019 en France (cherchez pas ailleurs, il n'y a que là qu'on les chasse)... trois bagues révélées à la communauté et qui concernent des Courlis appartenant au patrimoine protégé de la Pologne. Une sorte de casus belli. Pour deux autres oiseaux, c'est la balise GPS qui s'est éteinte dans une zone connue pour la chasse. On a pu accuser le Chat ! Le doute en effet subsiste.

Ce sont donc entre 3 et 5 oiseaux polonais qui ont été tués légalement en France, vol du patrimoine polonais et contribution à la ruine de l'espèce.

Des Courlis cendrés polonais, patrimoine de ce pays, sont bel et bien tués preuves à l’appuie, sur le territoire de la France par des chasseurs français.

Cousin du Courlis cendré, le Courlis à bec grêle qui était régulier et plutôt commun aux passages en France au XIXe siècle est considéré comme virtuellement disparu de la Planète... voici plus de 15 ans qu'on n'en a pas vu. Le dernier oiseau exilé en France a été observé en 1991 à Ouessant.
Planche de Gould (vers 1830)
 

Au suivant... au suivant...

Au fait, la population française de Courlis cendrés nicheurs est elle aussi considérée comme Vulnérable. Elle comprends entre 1300 et 1600 couples dont près de 1000 dans les seuls départements de l'Ain et de la Saône-et-Loire. Autant dire que c'est une espèce très localisée car les autres départements abritent entre un seul et 70 couples ; parfois même aucun. Où vont nos rares oiseaux ? Sont-ils chassés sur leurs terres d’accueil en hivernage ? Ce sont des questions qu'il me reste à creuser.

Sources



 



lundi 9 décembre 2019

Souvenir de...


Revue le Grand Duc, une vocation super-régionale

La revue naturaliste historique de la LPO en Auvergne éditée depuis 1971 et disponible en ligne s'ouvre à l'ensemble de la nouvelle région Auvergne-Rhône-Alpes.

dimanche 8 décembre 2019

Découverte du Ver-Lion méditerranéen à Niort (79)

Au cours de l'été 2019, et en l'occurrence dès le mois de juin, j'ai observé de très petites cavités en entonnoir évoquant des Fourmilions sous le porche de ma nouvelle maison. Les trous sont nombreux et placés près du mur. Ceci est caractéristique des larves de Ver-Lion (Vermileo), un Diptère tout à fait exceptionnel par son comportement convergeant avec celui des Fourmilions (Névroptères). Je me résouds à rassembler des informations sur les Foumilions de la région pour me faire une idée (Deliry 2019a), puis à faire une photographie le 20 novembre 2019 que je poste sur le forum du Monde des Insectes. Je suis rapidement débouté du groupe des Fourmilions étant bien trop petites et orienté sur le Ver-Lion dont il n'existe qu'une espèce en France : Vermileo vermileo (= Vermileo degeeri).

Cet Insecte semble bien vivre dans des conditions très particulières, chaudes ou protégées, à l'abris parfait des intempéries (précipitations notamment) dans un substrat sablonneux, plutôt pulvérulent. Ici l'érosion du vieux mur de la maison produit une poudre qui est favorable à l'installation des larves du Ver-Lion méditerranéen.

Je propose un petit essai sur l'espèce afin de saisir son statut, quelques éléments clés de sa répartition, son habitat et de sa biologie particulière (Deliry 2019b).

C'est une espèce connue en Europe méridionale, voire centrale, depuis l'Espagne à la Grèce. Elle est dispersée en France, mais montre une certaine tendance méditerranéenne. Elle remonte par la façade Atlantique avec de nombreuses lacunes - de connaissance [?] - jusqu'à Nantes en Loire-Atlantique.

Elle était connue dans la région Poitou-Charente de l'île d'Oléron.

Il y a moins d'une dizaine de départements où le Ver-Lion méditerranéen est confirmé en France, et désormais les Deux-Sèvres avec la station de Niort fait partie du lot. C'est une nouvelle espèce d'Insecte pour le département si on se base sur les informations publiées ou révélées.

Entonnoirs-pièges du Ver-Lion méditerranéen
Photo du 20 novembre 2019 - Niort (Deux-Sèvres)
©© byncsa - Cyrille Deliry - Histoires Naturelles

Liste Rouge des Chiroptères d'Aquitaine

Quatre Chauves-souris sont menacées en Aquitaine

L'équipe de l'Observatoire Aquitain de la Faune Sauvage en collaboration avec le Groupe Chiroptères Aquitaine, le Conservatoire des Espaces Naturels et la Ligue de Protection des Oiseaux ont évalué les 26 espèces de Chauves-Souris présentes dans l'ancienne région sur les 34 connues en France. L'équipe s'est basée sur plus de 40.000 données rassemblées notamment sur ces 10 dernières années. Cette information a été rendue publique le 6 novembre 2019.

16 % des espèces sont menacées (EN, VU).

Le Minioptère de Schreibers (Miniopterus schreibersii), le Petit Murin (Myotis blythii), En Danger, la Grande Noctule (Nyctalus lasiopterus) et la Noctule commune (Nyctalus noctula), Vulnérables, sont des espèces incluses dans cette catégorie.
On manque d'information sur quatre espèces (DD) : le Molosse de Cestoni (Tadarida teniotis), le Murin à Moustaches (Myotis mystacinus), Pipistrelle pygmée (Pipistrellus pygmaeus) et l'Oreillard montagnard (Plecotus macrobullaris) qui pourraient à terme de meilleures analyses apparaître comme menacées aussi.

Minioptere de Schreiber - ©© bysa - C.Robiller (naturlichter.de) - Wikimedia Commons 

Petit Murin - ©© bysa - Amirekul - Wikimedia Commons

 


Atlas des Orthoptères du Poitou-Charentes

L’atlas des Orthoptères du Poitou-Charentes va bientôt paraître

Poitou-Charentes Nature lance donc une souscription afin que vous puissiez réserver votre ouvrage et que vous bénéficiez d’un tarif avantageux de 25€ au lieu de 35 €.
Téléchargez le bulletin de souscription et renvoyez-le avec votre règlement avant le 31 décembre 2019 à : Poitou-Charentes Nature, 14 Rue Jean Moulin, 86240 Fontaine-le-Comte

Cet atlas est accompagné d’une clé de détermination offerte, met en lumière les espèces de grillons, criquets et sauterelles présentes en Poitou-Charentes. Chacune des 85 espèces d’orthoptères est présentée dans ce livre richement illustré, sous forme d’une monographie décrivant sa biologie, ses habitats ainsi que sa répartition. Cet ouvrage est le fruit d’un immense travail réalisé par des bénévoles et des salariés d’associations de protection de la nature de Poitou-Charentes Nature (Nature Environnement 17, LPO, Charente Nature, Deux-Sèvres Nature Environnement et Vienne Nature), à l’origine de la collecte de + de 100.000 données.

mardi 3 décembre 2019

Données naturalistes et leur statut...

Qu'est-ce qu'une donnée naturaliste ?

Il s'agit d'informations qui permettent de décrire une observation concernant la flore, la faune, la fonge, un habitat naturel ou un élément géologique, voire astronomique.

Afin d'être exploitable une donnée doit être un minimum structurée et récoltée avec un minimum de rigueur scientifique.

Quatre informations essentielles sont absolument essentielles pour constituer une donnée naturaliste.

Pour être précis préférer le nom scientifique de l'espèce ou du taxon. La détermination doit être absolument certaine. On peut dégrader le niveau d'identification en se limitant au genre ou la famille… mieux vaut une donnée moins précise qu'une donnée fausse.

L'observateur est indissociable de sa donnée mais… !

Le code de la propriété intellectuelle ne s'applique pas sur les données d'observations naturalistes.


Le droit d’auteur protège les œuvres de l’esprit, c’est-à-dire des productions portant l’empreinte de leurs créateurs. C’est le cas des photographies ou des prises de sons par exemple, car il y a toujours des choix fait par l’auteur.

En revanche, la jurisprudence ne reconnaît pas une donnée d’observation naturaliste comme constituant d’une œuvre de l’esprit. Il s’agit en effet de données relatant une observation de la réalité de manière factuelle, sans qu’il n’y eu de mise en forme originale de ces éléments. Même si cette observation demande des compétences scientifiques, ainsi qu’un investissement personnel, le fait de retranscrire factuellement la réalité ne constitue pas une œuvre de l’esprit. 

Par contre, une base de données est protégée par le droit d’auteur, car il s’agit d’une structuration particulière, de la création d’un outil informatique ayant demandé une mise en forme originale de la part de son auteur. Les bases de données sont protégées pendant 15 ans à compter de la dernière mise à jour ou la dernière exploitation.

Toutefois les 4 éléments Qui ? Quand ? Où ? Quoi ? Sont parfaitement indissociables. En effet toute donnée perds de son sens et de sa rigueur scientifique si on exclue un de ses éléments. Aucune donnée brute ne doit circuler si elle ne possède pas ses quatre propriétés.

Les données mises en ligne sont publiées

Dans la mesure où elles sont rendues publiques les données sont considérées comme publiées même s'il s'agit d'une publication éphémère. Les citations dans le respect du référencement des sources est donc autorisée sans aucun délais, ni limite dans le temps. La loi autorise le référencement et la citation dès la divulgation / publication de l'œuvre. Il n'y a pas lieu de demander l'autorisation d'un auteur pour référencer ou citer sa publication scientifique.

Les données financées sur des fonds publics sont publiques

En règle générale les données acquises sur fonds publics ont de facto le caractère de donnée publique. Elles sont en conséquence disponibles pour les associations naturalistes, les acteurs ou les gestionnaires qui en ont l'usage.

Concept de Données naturalistes libres

  • Chacun reste propriétaire de ses données, il en reste l'inventeur, que ce soit dans le cadre d'activités individuelles ou professionnelles. Nous sommes libres de publier nos découvertes.
  • Nous sommes libres de choisir la visibilité de nos données quand les outils le permettent.

Exemple de code déontologique 

Les sept principes déontologiques de la base de données Entre Amis

Ces principes sont volontairement très simples :
1 - Les données sont la propriété des observateurs. Ceux-ci en ont le libre usage. Nous demandons à tous les naturalistes de conserver ce libre arbitre*.
2- Les observateurs confient leurs données brutes au gestionnaire de la base de données « entre amis » à titre gratuit pour la défense de la nature sauvage.
3 - La base « Entre Amis » est dépositaire des données mises en commun. Elle rassemble un ensemble de données gratuites et ne peut en aucun cas les vendre.
4 - L’objectif principal de la base entre amis est de faire progresser la protection de la nature dans la Drôme, l’Isère et les départements voisins. Cette base doit participer à toutes les initiatives qui vont dans le bon sens.
5 - Les actions prioritaires sont les inventaires (ZNIEFF, gestion des « Espaces Naturels Sensibles », site NATURA 2000, réserves naturelle ... etc.), les actions de gestion des habitats naturels, les dossiers permettant la défense des sites et des espèces menacés.
6 - Les utilisateurs privilégiés (c’est un principe intangible!) sont les associations de protection de la nature. Ces associations peuvent faire payer leur expertise généralement indispensable qui valorise sous la forme de synthèse ces données brutes. Dans le cadre de convention, les données brutes peuvent être mise à disposition de gestionnaires de sites protégés (données disponibles sur ces sites). Sur ce dernier point, des discutions sont en cours avec les collectivités intéressées de notre département.
7 - Elles peuvent être mise à disposition de naturalistes reconnus qui rédigent des documents de vulgarisation pour le public.

Note : * : Certains commanditaires d’études exigent l’exclusivité des données. Il faut refuser ce type de contrat, c’est inacceptable !

Liens et références